Leadership en temps de crise : les 6 éléments fondamentaux

À l’époque de la conquête du Pôle Sud, l’expédition Endurance d’Ernest Shackleton, officiellement appelée Imperial Trans-Antarctic, quitte l’Angleterre le 8 août 1914 avec 28 hommes à bord. En octobre 1915, L’Endurance est rapidement pris dans les glaces. Quelques jours plus tard, le navire commence à subir la pression de la glace et devra être évacué en plein hiver austral.

Le 27 octobre 1915, Shackleton donne l’ordre d’abandonner le navire. L’équipage se transporte sur la glace à l’aide de chiens de traîneau avec une partie des vivres distribuées à bord de 3 canots de sauvetage. Shackleton et ses hommes camperont maintenant sur la banquise flottante durant plus de 6 mois, subissant les assauts de terribles blizzards et des températures souvent sous les -30°C.

Le 9 avril 1916, les 28 hommes sautent dans les canots car leur campement flottant est sérieusement menacé par une rupture imminente de la banquise. Le fractionnement des glaces permet une plus grande mobilité sur mer et Shackleton sait désormais où diriger son équipage. Toutefois, le manque de protection contre les éléments met les hommes dans une situation telle que Shackleton décide de les conduire au refuge le plus proche. Après 7 jours de navigation, ils mettent pied à terre sur l’île de l’Éléphant le 14 avril 1916.

L’île de l’Éléphant est inhospitalière et aride. Elle est constituée exclusivement de rochers, de neige et de glace. Il est difficile pour les hommes du groupe d’envisager une attente prolongée en ces lieux. Shackleton comprend qu’il est essentiel de repartir immédiatement et que leur salut dépend de leur retour en Géorgie du Sud. Il entreprend une navigation de plus de 1 500 km dans l’un de leurs canots de sauvetage avec un équipage soigneusement sélectionné selon leurs aptitudes. Ce voyage en canot reste, encore aujourd’hui, une des traversées maritimes les plus exceptionnelles de l’histoire. L’équipage arrive à leur destination finale, l’île de Géorgie du Sud, le 18 mai 2016.

Shackleton fera ensuite 4 tentatives pour atteindre l’île de l’Éléphant, jusqu’à ce que la banquise dérive et libère l’eau pour accéder à l’île en plein hiver austral. Le 30 août 1916, les 28 hommes furent tous sauvés !

Au terme de l’expédition, après avoir sauvé tous ses hommes, Shackleton a été annoncé par son équipage comme étant « le plus grand leader sur Terre » !

Comment, il y a plus de 100 ans, l’extraordinaire leadership de Shackleton caractérisé par l’optimisme, le courage, la confiance et le sens de l’organisation a contribué à ce que 28 hommes puissent survivre, sans la technologie d’aujourd’hui, pendant plus de 18 mois au-delà du cercle polaire Antarctique ?

Les 6 éléments fondamentaux du leadership de Shackleton

L’intention de ce texte

Dans le contexte de pandémie planétaire que nous vivons présentement, un leader doit offrir la meilleure version de lui-même. Il doit mettre en œuvre toutes ses ressources personnelles, ses compétences et ses talents au service de la sortie de crise de l’organisation.

A l’instar de l’Endurance, nos organisations sont actuellement immobilisées dans un environnement défavorable et incertain qui nous obligera à réagir différemment. Inspiré par l’expédition britannique de 1914 l’Imperial Trans-Antarctic, je vous invite à explorer les éléments fondamentaux du leadership exceptionnel d’Ernest Shackleton, à travers une histoire de courage et d’humanité.

La stratégie centenaire que Shackleton a adopté pour diriger son odyssée pourrait inspirer de nombreux gestionnaires sur la manière d’exercer leur leadership à travers notre crise contemporaine. Le contexte actuel nous oblige à prendre des risques pour l’entreprise et pour nos collaborateurs. La bonne posture du leader devient alors la boussole qui le guidera vers la réussite.

1 – L’attitude du leader

Shackleton était enthousiaste et clair dans sa vision; il croyait en sa mission et en son équipe. Son optimisme était contagieux et il a délibérément pris des décisions pour inspirer l’optimisme à son équipage. Il encourageait les moments de jeux et de camaraderie qu’il considérait comme indispensables, même dans les situations les plus désespérées de l’expédition. Shackleton a compris le rôle essentiel que sa propre posture pouvait jouer. Le leader transmet au groupe son état d’esprit et cela se passe largement au niveau non verbal. L’équipage qui l’entourait pouvait percevoir son langage corporel et l’attitude de confiance lui permettant de conserver son influence sur le groupe.

Essentiellement, l’attitude du groupe ferait la différence entre la vie et la mort durant l’expédition de retour. Pour un leader, il s’agit du facteur le plus important de tous en situation de crise. Une légère baisse de moral, quelques fissures dans la cohésion du groupe et il serait devenu alors trop difficile de prendre les bonnes décisions sous de telles contraintes.

2 – Développer un objectif clair et un sens partagé

Tous ceux qui ont rejoint l’expédition pour la conquête de l’Antarctique ont bien compris les enjeux d’une telle l’odyssée. Chacun des 28 membres de l’équipage a été sélectionné pour ses connaissances et ses talents, mais aussi pour son intérêt et son enthousiasme à l’égard de la finalité du projet. Parfois, en entreprise, des équipes se forment et l’objectif reste trop souvent vague ou encore les membres de l’équipe ont une idée différente de l’objectif. En période de crise, le leader doit en permanence apporter de la clarté. Il s’agit d’un facteur clé pour influer le niveau de succès du projet de l’équipe.

3 – Construire l’unité et l’engagement au sein de l’équipe

Shackleton valorise le travail acharné et la loyauté par-dessus tout. Il l’a intentionnellement encouragé en créant les conditions favorables à l’engagement et à la collaboration du groupe. Le bien-être de l’équipe était sa priorité absolue, au-dessus de sa mission. Il savait que sans l’engagement de l’équipe, ils ne pourraient jamais atteindre leur objectif. Il a appris à connaître personnellement chaque membre de l’équipage et a compris leurs forces et leur style. Il a veillé à ce que les membres de l’équipe puissent s’adresser directement à lui avec confiance.

4 – Exigence et bienveillance

Shackleton avait à coeur d’occuper chacun pour qu’il se sente utile et ainsi éviter l’ennui et l’effondrement du moral des hommes. Il craignait les effets potentiels de la monotonie et de l’ennui qui pouvaient conduire à la dissidence parmi ses hommes. Il exigeait donc que chaque membre de l’équipage maintienne ses fonctions régulières aussi étroitement que possible.

Il a également gardé une routine stricte pour les repas et a insisté pour que les hommes socialisent après le dîner, comme un tonique pour le moral en baisse face à l’adversité. Ce moment d’écoute attentive du groupe était l’occasion pour lui d’identifier les tensions et d’élaborer des stratégies afin de les résorber. Le sens de l’écoute et de la communication cohérente en période de crise sont des aptitudes indispensables pour un leader afin de renforcer la cohésion de l’équipe et maintenir le sens des responsabilités de chacun des membres.

5 – La capacité à établir un plan d’action

Le plan d’action pour sortir de la crise est essentiel. Créez un premier plan, ensuite un plan alternatif et soyez agile et flexible dans son déploiement. Au cours du voyage de retour, à la recherche d’une terre qu’elle n’avait pas vu depuis 15 mois, l’équipage a été confronté à différentes situations difficiles et Shackleton a été contraint de changer ses plans à plusieurs reprises. Les changements ont toujours été provoqués suite à l’émergence de nouvelles informations et il a dû s’adapter aux circonstances pour atteindre l’objectif final. Il évitait de s’attacher émotionnellement à un plan particulier, peu importe le temps qu’il avait passé à le concevoir.

Shackleton a réagi avec flexibilité aux circonstances en constante évolution. Lorsque son expédition a rencontré de sérieux problèmes, il a dû réinventer les objectifs et les tâches de l’équipe. Il avait commencé le voyage avec une mission d’exploration scientifique, mais celle-ci est rapidement devenue une mission de survie.

6- Le courage, la coopération et la solidarité

Shackleton a constamment eu l’audace et le courage de prendre des décisions difficiles tout au long de l’expédition. L’équipage considérait que Shackleton prenait toujours des décisions dans le meilleur intérêt de l’équipe et du succès de l’expédition. Cependant, il aurait été terriblement impopulaire parmi l’équipage s’il n’avait pas su établir et maintenir une solide relation avec chacun des membres, lui assurant ainsi le maintien de leur loyauté, clé essentielle pour maintenir la cohésion du groupe à travers l’odyssée.

Comment adopter la bonne posture de leadership en temps de crise ?

Le premier pas pour y parvenir, c’est d’abord et avant tout d’entreprendre un travail sur soi ! Ce voyage intérieur pour un leader c’est le début d’une odyssée qui amène à identifier ses repères et à s’ancrer au coeur de ses ressources pour y trouver la force de naviguer à travers la crise. Comme nous le partageons régulièrement lors des séminaires Toscane Accompagnement : nous devons avoir en tête que chaque victoire extérieure est précédée d’une victoire intérieure. L’invitation, pour nous tous, c’est d’apprendre à écouter de l’intérieur pour répondre avec justesse aux besoins de ses équipes, de ses clients et de l’organisation.

Mise en action 

Mettre en œuvre les éléments du leadership de Shackleton durant la crise sanitaire que nous subissons présentement pourrait être un atout précieux pour la traverser. A la lecture de ce texte, comme leader, quels pourraient être les éléments qu’il me serait possible d’appliquer auprès de mes équipes cette semaine ?

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